Le bon Usage du Médicament (Source : URPS PACA)

LE BON USAGE DU MÉDICAMENT

(Source : http://www.urps-infirmiere-paca.fr/exercice-liberal/le-bon-usage-du-medicament/)

Le rôle de l’infirmière dans le bon usage du médicament concerne notamment l’administration des médicaments.

Comment prévenir les erreurs médicamenteuses liées à l’administration ?

Qu’en est-il de l’administration de médicaments dans les cas particuliers : en gériatrie, en chimiothérapie, les médicaments à risques, les AOD et les formes injectables ?

Sur cette page :

    • L’Erreur médicamenteuse

    • Administration de médicaments en gériatrie

    • Administration de médicaments en chimiothérapie

    • Administration de médicaments à risque

    • Cas particulier des AOD (anticoagulants directs oraux)

    • Administration des formes injectables

ADMINISTRATION DES MÉDICAMENTS

Dans le cadre de son rôle propre et selon l’article R. 4311-5 du CSP, l’infirmier(ère) :

« Alinéa 4º : aide à la prise des médicaments présentés sous forme non injectable, Alinéa 5º : vérification de leur prise, Alinéa 6º : surveillance de leurs effets et éducation du patient. »

L’administration médicamenteuse se fait donc sous la responsabilité de l’infirmière (Article R. 4312-14 et Article R. 4311-4 du CSP).

En l’absence du médecin, l’infirmier(ère) est habilité(e), après avoir reconnu une situation comme relevant de l’urgence ou de la détresse psychologique, à mettre en œuvre des protocoles de soins d’urgence préalablement écrits, datés et signés par le médecin responsable (article R. 4311- 14 du CSP).


ERREUR MÉDICAMENTEUSE

Définition

L’Afssaps a défini l’erreur médicamenteuse : «L’erreur médicamenteuse est l’omission ou la réalisation non intentionnelle d’un acte survenu au cours du processus de soins impliquant un médicament, qui peut être à l’origine d’un risque ou d’un événement indésirable pour le patient.

Commentaires : L’analyse a posteriori de l’erreur permettra de la caractériser et de la qualifier par sa nature, son type, la gravité de ses conséquences cliniques pour le patient, l’étape de réalisation dans la chaîne de soins. L’erreur peut trouver sa source dans une mauvaise conception du médicament et de l’information qui lui est relative – confusion de dénomination, conditionnement inadapté, problème d’étiquetage ou de notice d’information, génériques, etc… – ou dans l’organisation systémique du processus de prise en charge thérapeutique du patient, organisation du circuit du médicament, facteurs humains, facteurs environnementaux, pratiques professionnelles, etc…

Prévenir les erreurs médicamenteuses liées à l’administration

La règle des 5 B : « administrer au Bon patient, le Bon médicament, à la Bonne dose, sur la Bonne voie, au Bon moment»

Pour cela, je dois :

  • Planifier les actes d’administration ou les réévaluer en fonction de l’état clinique du patient, des examens éventuels et de la prescription médicale. Pas de retranscription manuelle de la prescription.
  • Réunir les médicaments au domicile dans un lieu sécurisé, idem pour le traitement nominatif de 2 patients dans la même famille : lecture attentive.
  • Identifier distinctement les piluliers si 2 patients au même domicile.
  • Vérifier si possible l’absence de contre-indications et d’allergies,
  • Connaître l’état du patient, son âge, etc.
  • Vérifier la concordance identité patient/prescription ; celle-ci est lisible, exhaustive, datée, signée, et celle entre le médicament et la prescription (nom, dosage, forme galénique, concentration et voie d’administration.
  • Vérifier la date de péremption et l’aspect du médicament, les conditions de conservation, l’intégrité de l’emballage.
  • Réaliser la reconstitution dans le respect des conditions d’hygiène, voire de stérilité, et selon le Résumé des Caractéristiques du Produit (RCP) en veillant notamment aux contre-indications de certaines pratiques (solvant, broyage des comprimés, mise en solution ou en suspension dans un liquide) et aux incompatibilités physiques des produits entre eux.
  • Réaliser les calculs de dose avec une vigilance haute.
  • Vérifier les résultats biologiques si besoin (Créatinémie, INR, glycémie, etc.) et/ou cliniques, et communiquer avec le médecin.
  • Informer le patient du traitement qu’il a à prendre, des modifications éventuelles, des consignes pour une bonne prise, des bénéfices et des effets secondaires éventuels.
  • Rappeler au patient autonome l’intérêt de l’observance du traitement.
  • L’information peut s’intégrer dans un programme d’éducation thérapeutique, notamment dans le cadre de pathologies chroniques, dans le respect d’un cadre défini.
  • Assurer la traçabilité en temps réel (le nom du médicament, la forme, la dose, la voie, la date, l’heure, le soluté de perfusion, la durée, la date d’arrêt s’il y a lieu, l‘identification de la personne et la signature. Noter clairement la non-administration et le motif, le cas échéant.
  • Surveiller et tracer les effet(s) indésirable(s) si vous les reconnaissez, vérifier et tracer le(s) bénéfice(s) obtenu(s) s’il y en a. Informer le médecin dans les 2 cas.
  • Contrôler les voies d’abord (surveiller le débit et la durée pour la perfusion continue, et contrôler les paramètres biologiques si besoin et cliniques), tracer la surveillance.
  • Gérer le stock et le renouvellement, et sécuriser l’entreposage au domicile (les infirmières ne gardent pas le stock des médicaments dans leur voiture).
  • Faire retourner les médicaments non utilisés et/ou périmés à la pharmacie (Cyclamed), par la personne ressource.

A partir des documents source tels que :

  • Prescription, Protocoles thérapeutiques, Plan de soin et Protocole de soins.
  • Résultats biologiques.
  • Fiche patient (ou dossier) et tout autre support d’informations.
  • Programme d’ETP validé et support éducatif.
  • Traçage dans le Dossier du patient ou toutes autres bases de données.

 ADMINISTRATION DE MÉDICAMENTS EN GÉRIATRIE

L’état de la personne âgée se caractérise par des pathologies associées s’accompagnant souvent de fonctions cognitives altérées et d’incapacités à la vie quotidienne (audition, vue, moteur). Les troubles de la déglutition et/ou du comportement, fréquents en gériatrie en compliquent l’administration. L’incidence des effets indésirables augmente exponentiellement avec le nombre de médicaments administrés.

Administration per-os

Préconisations :

  • Attention aux médicaments présentant une similitude (consonance et visuelle)
  • Hygiène des mains parfaite.
  • Propreté des locaux d’habitation et du plan de travail.
  • Prescription écrite, lisible, datée et signée.
  • Éducation du patient : s’appuyer sur les aidants, expliquer les modalités de prise des médicaments, tenir compte de l’avis du patient concernant ses difficultés les plus gênantes liées à la prise médicamenteuse et en faire part au médecin.

Surveillance :

  • Etre attentif aux prises de médicaments,
  • S’assurer que le médicament a bien été pris, même si le patient est autonome,
  • Repérer les troubles de la déglutition,
  • Assurer une surveillance accrue de l’apparition des effets indésirables,
  • Encourager les patients âgés et leur entourage à signaler tout signe anormal ou tout symptôme inhabituel.

Broyage, fractionnement des comprimés et ouverture des gélules

Il existe des problèmes liés à l’hygiène, à la modification de la posologie, à la biodisponibilité du produit, à l’irritabilité des voies d’ingestion et aux interactions médicamenteuses amplifiées.

L’écrasement des médicaments peut cependant être la seule solution pour un traitement au long cours, mais il peut altérer leur efficacité. Il expose à des risques pour les malades (interactions chimiques, disparition de formes galéniques spécifiques, toxicité, surdosage, sous-dosage, altération des propriétés pharmacologiques par le véhicule utilisé, etc…) et pour les soignants (toxicité directe, allergie, etc…).

A voir sur : http://pharmacie.hug-ge.ch/infomedic/cappinfo/cappinfo26.pdf

Préconisations

  • S’assurer que la voie per os est la mieux adaptée, voir avec le médecin
  • Tracer sur la feuille de prescription les difficultés de l’administration per os
  • Vérifier systématiquement si le médicament est broyable, sécable ou peut être ouvert (en cas de doute, appeler le pharmacien)

La sonde entérale et ses problèmes

Le nombre important de médicaments, la modification de la biodisponibilité, l’interaction médicamenteuse, les complications de la voie entérale, de la potentialisation du risque d’erreurs entre voie entérale et intraveineuse en compliquent l’administration.

Préconisations

  • Administrer les médicaments séparément afin d’éviter l’obstruction de la sonde et les interactions médicamenteuses, formaliser l’administration entérale : en particulier la réalisation de rinçage intermédiaire,
  • Favoriser les formes liquides,
  • Diluer toutes les formes liquides visqueuses avant administration,
  • Se référer à la liste des comprimés non sécables et non broyables. 

ADMINISTRATION DE MÉDICAMENTS EN CHIMIOTHÉRAPIE

Bien que les infirmières ne posent quasiment plus les chimiothérapies (celles-ci devant être préparées par le service de la pharmacie centrale de l’établissement hospitalier), elles surveillent et débranchent celles-ci au domicile de leur patient.

Principaux enjeux

  • La bonne dose : la pratique de réalisation de doses cumulatives à intervalles réguliers est un facteur de risque de toxicité (poids du patient évolutif).
  • Le volume ou le type de solvant est identifié dans 1/3 des erreurs comme inapproprié
  • La bonne technique d’administration : la voie injectable reste une voie d’administration complexe, les perfuseurs utilisés, les produits et volumes de rinçage ne correspondent pas toujours au protocole où ils ne sont pas tous spécifiés ou évalués.
  • Le bon médicament : les erreurs de prescriptions représentent 45% des incidents et le non-respect des procédures mises en place 38,2% des erreurs. Tous les agents antinéoplasiques injectables et oraux sont considérés à haut risque par l’ISMP.

Préconisations

  • Tout médicament anticancéreux est préparé sous la responsabilité d’un pharmacien dans une unité de pharmacotechnie.
  • Tout médicament anticancéreux remis en service de soin (ou à l’infirmière libérale dans le cadre d’un réseau de soins spécialisés ou d’un HAD) pour administration est prêt à l’emploi.
  • Toute prescription orale de cette forme est prohibée.
  • La préparation est étiquetée ainsi que son suremballage.
  • Le réglage du débit d’une pompe à perfusion pour administration d’un anticancéreux bénéficie d’une double vérification indépendante.

La phase de pré-administration

Les problèmes :

  • L’hygiène du patient, l’hygiène du domicile, la proximité d’animaux, etc…
  • Le contrôle des abords.
  • Les paramètres du patient.
  • Le rythme des séances.

Les préconisations :

  • Vérifier et valider le dossier du patient associé à son protocole avant chaque séance.
  • Vérifier que les intervalles entre chaque séance sont respectés.
  • Vérifier le poids et l’indice de masse corporelle avant chaque séance.
  • Évaluer l’anxiété et l’adaptation du patient.
  • Vérifier les prémédications avant séances (anti nauséeux, anti allergiques, etc…
  • Contrôler les produits préparés en service centralisé.

Les voies d’abord

Les problèmes :

  • Les voies d’abord à haut risque (VVC, PAC, Picc line…)
  • Le risque d’extravasation
  • Le turn over des IDE.
  • Les produits irritants.

Les préconisations :

  • Former les IDEL à la manipulation et l’injection des produits cytostatiques.
  • Vérifier les voies d’abord avant la séance et assurer la traçabilité dans le dossier. Évaluer et tracer le retour veineux, avant injection en DVI (Dispositif Veineux Implanté).
  • Formaliser et connaître une procédure d’urgence d’extravasation en relation avec le service.
  • Contrôler l’utilisation de la pompe électrique, ou le bon branchement de la pompe élastomérique.Appliquer les règles de sécurité et d’hygiène des professionnels ainsi que celles de l’élimination des déchets (DASRI et cytotoxiques).

ADMINISTRATION DES MÉDICAMENTS À RISQUE

En France, l’arrêté du 6 avril 2011, définit les médicaments à risque comme des «médicaments requérant une sécurisation de la prescription, de la dispensation, de la détention, du stockage, de l’administration et un suivi thérapeutique approprié, fondés sur le respect des données de référence afin d’éviter les erreurs pouvant avoir des conséquences graves sur la santé du patient (exemples : anticoagulants, anti arythmiques, agonistes adrénergiques IV, digitaliques IV, insuline, anticancéreux, solutions d’électrolytes concentrées…). Il s’agit le plus souvent de médicaments à marge thérapeutique étroite ».

À l’étranger, les médicaments à risque, sont plus connus sous l’appellation «High-Alert Medications».

Principaux enjeux

  • La bonne dose : utiliser des données précises sur le patient comme le poids, la taille, l’âge, les fonctions vitales ; les erreurs de dose représentent 37% des incidents : vérifier la prescription.
  • Le bon débit : beaucoup de ces produits sont administrés à l’aide de pompes, pousse-seringues, etc… aux fonctionnalités différentes nécessitant des ajustements continus de la part des IDEL.
  • La bonne technique d’administration : les voies multiples peuvent être à l’origine d’erreur ; des rappels de bonne pratique sur la longueur du cathéter, le type de cathéter, le rinçage, etc… doivent être réalisés.
  • La bonne durée : le bolus doit être injecté en un temps déterminé, les résultats montrent que trop souvent l’injection est réalisée en moins de 3 min ; la durée de la perfusion doit être indiquée.
  • Le bon produit : de nombreuses publications listent les médicaments à risques.
  • La classe des AVK est largement documentée pour ses évènements indésirables et son implication sur le nombre de réadmissions. Ils présentent le plus haut risque d’EM lié à l’administration (76%) et dans plus d’1/3 des cas ces erreurs seraient évitables par un simple contrôle à l’administration. Idem pour les AOD hors AMM.
  • La classe des antibiotiques et celle des analgésiques représentent à elles seules 50 % des EM.
  • L’OMS a répertorié l’erreur de concentration du chlorure de potassium parmi les 9 erreurs à prévenir dans le domaine de la lutte contre les événements iatrogènes.

Préconisations

  • Identifier tous les médicaments à risque (à partir de la littérature et de son propre retour d’expérience).
  • Restreindre les gammes de pompe pour prévenir les erreurs d’utilisation et les erreurs de programmation. Les procédures doivent être connues des professionnels (voir avec le prestataire ou le pharmacien).
  • Etre certain de la formation des IDEL au bon usage de ces médicaments.
  • Des protocoles spécifiques harmonisés et standardisés pour chaque produit doivent être appliqués. Ils sont écrits et facilement consultables.
  • Mettre en place des prescriptions protocolisées pour certains produits : Chlorure de potassium.
  • Standardiser et limiter le nombre de concentrations disponibles. Sauf cas spécifiques, supprimer les électrolytes concentrés.
  • Développer l’utilisation de solutions diluées prêtes à l’emploi, notamment pour les électrolytes.
  • Le suivi des patients doit être spécifique avec des indicateurs précis comme l’INR, la kaliémie, la glycémie, la tension artérielle, ces seuils d’alertes doivent être connus des IDEL.
  • Préparer les injections dans une aire appropriée, si possible à l’abri des interférences (appels, conversation, télévision, etc…)
  • S’assurer de la mise à disposition en cas d’urgence d’antidotes avec leurs protocoles associés.
  • Des outils de calcul de dose simples doivent être mis à la disposition de l’IDEL. Vérifier son calcul de dose, les programmations de pompes, les lignes de perfusion.

Focus sur les électrolytes, l’insuline et les anticoagulants

Cas des électrolytes concentrés

  • Retirer la prescription d’électrolytes dont la concentration est supérieure à 0,9% pour le chlorure de potassium, le phosphate de potassium et le chlorure de sodium, si c’est possible. Si nécessité absolue à les garder, les ranger séparément et étiqueter de manière lisible le contenant (ex : produit dangereux).
  • Mettre en place un process de vérification de la préparation.
  • Surveiller régulièrement le passage de la perfusion.
  • Une étiquette « doit être dilué » est apposée en supplément sur le contenant. Ne pas injecter ce produit hypertonique par une autre voie que la voie veineuse et en respecter les règles de sécurité.
  • Rappel : Présence d’un bandeau bleu pour les solutions hypertoniques

Cas de l’insuline

  • Les doses et injection sont réalisées à l’aide d’une seringue à insuline ou autre dispositif spécifique (stylo, pompe, etc…).
  • La prescription indique clairement le nom de l’insuline, son type d’action (rapide, lente, semi-lente) et le terme «unité» sans abréviation pour la posologie.
  • Mise en place d’une double vérification : nom du produit, concentration, dose, réglage de la pompe si besoin, voie d’administration et patient.
  • Éduquer le patient dans une perspective d’autogestion en fonction de ses capacités.
  • Eduquer le patient à un contrôle de sa glycémie capillaire, ou quelqu’un de son entourage, en cas de malaise.
  • Penser à coordonner la distribution des repas avec la prise de l’insuline et non pas l’inverse.

Cas des anticoagulants

  • Attention aux conditionnements à dose élevée d’héparine.
  • Attention aux conditionnements à dose élevée pour les formes fractionnées.
  • Demander au prescripteur des protocoles de bonne pratique. Il peut définir des valeurs de dose limite.
  • Clarifier les doses d’anticoagulant si traitement chez un enfant.
  • Planifier la surveillance afin de réévaluer les doses.
  • Éduquer le patient et s’assurer de sa bonne compréhension (recommandations pour le rasage, le jardinage, etc…)
  • Les prescriptions d’héparine doivent inclure la dose calculée et la dose par unité de poids ou de la surface du corps pour faciliter une contre-vérification indépendante du calcul par un pharmacien, infirmier(ère) ou les deux.
  • Le poids (en kg) du patient est l’élément qui sert au calcul de dose des HBPM.
  • Ne pas réintégrer dans le stock les comprimés coupés et non identifiables. Ne pas « déblister » les comprimés
  • Lecture de l’INR si disponible avant administration de l’AVK (voir avec le prescripteur pour faire varier la dose si dosage trop élevé INR égal ou > 6).
  • Avant le début d’une perfusion d’héparine et à chaque changement (rare au domicile), faire une vérification indépendante des 5 B.
  • Établir un protocole antagoniste lorsque c’est possible.

 

CAS PARTICULIER DES AOD (ANTICOAGULANTS DIRECTS ORAUX)

L’URPS Infirmière PACA participe à un appel à projets, au sein du service du Pr Morange, à la Timone.

Les Anticoagulants Oraux Directs, dans un premier temps appelés NACO (Nouveaux anticoagulants nouveaux) nécessitent quelques explications pour les professionnels de santé que nous sommes.

Nom des spécialités

Apixaban = Eliquis® 2,5 mg et Eliquis® 5 mg (ccp pelliculé)
Dabigatran = Pradaxa® 75 mg, Pradaxa® 110 mg et Pradaxa® 150 mg (gélule)
Rivaroxaban = Xarelto® 10 mg, Xarelto® 15 mg et Xarelto® 20 mg (cp pelliculé)
Edoxaban = Lyxiana® (non commercialisé en avril 2015)

Principaux enjeux

C’est un médicament à risque !

Ce risque majeur est le risque hémorragique, lié aux propriétés anticoagulantes des AOD. Il peut être majoré en cas de surdosage (ex : mauvaise adaptation posologique, problèmes d’observance du patient, …). Ne pas négliger le risque thrombotique notamment en cas de défaut d’observance du patient.

  • Je suis concerné (e) par l’étape d’administration ! Mais aussi par les étapes :
  • de prescription : comme dernier professionnel de santé avant l’administration, je dois savoir repérer et réagir face à une prescription qui me semble aberrante
  • de relais d’anticoagulant : je dois savoir si l’administration de plusieurs anticoagulants chez un même patient est possible
  • de dispensation : je peux être amené à constater une erreur de délivrance ou un problème dans l’armoire à pharmacie du patient

Les nombreux schémas posologiques sont une source potentielle d’erreur. Il existe des nuances importantes dans les schémas posologiques car ils dépendent :

  • de l’indication
  • de la molécule
  • du risque hémorragique du patient

Mon rôle infirmier 

Je suis alerté(e) par :

  • Jamais plus de 2 prises par jour = pas de posologie supérieure à deux prises par jour,
  • jamais plus de 2 comprimés ou gélules par prise. Je me fais confirmer la posologie par le prescripteur.
  • AOD / AVK : les indications ne sont pas superposables !
  • Présence de plusieurs anticoagulants différents = je dois contrôler la prescription, m’interroger sur son observance ou sur une erreur lors de la dispensation. Si cela me semble anormal : je dois contacter le médecin ou le pharmacien !

Cependant, connaître tous les schémas posologiques ne relève pas des compétences de l’infirmier(e).

Recommandations pour l’administration

  • Une stabilité de la posologie (dosage) hors période d’initiation de traitement de prévention de la MTEV et hors modification suite à une dégradation de la fonction rénale,
  • Pas de variation des horaires de prise,
  • Pas de couverture du risque thrombotique en cas d’oubli de prise,
  • Disponibles en conditionnement unitaire (en France).
  • Fondamental : Si mise en pilulier NE PAS déblister les AOD ! Ils doivent être placés dans le pilulier dans leur blister d’origine (plaquette découpée). Les AOD doivent être identifiables jusqu’au moment de leur administration.
  • Tous les médicaments à risque doivent rester identifiables jusqu’au moment de leur prise. 

ADMINISTRATION DES FORMES INJECTABLES

Les médicaments injectables largement utilisés au domicile du patient, nécessitent une vigilance plus soutenue lors de la prescription (médecin), de la préparation et de l’administration pour nous, car ils utilisent une voie d’administration à haut risque.

Principaux enjeux

  • La bonne dose : les erreurs signalées sur les préparations injectables représentent jusqu’à 62% des EIG, 1 perfusion/10 présente un risque.
  • Le bon débit : les erreurs de débit représentent jusqu’à 73% des erreurs sur injectables, l’utilisation des pompes augmente ce risque.
  • La bonne voie : les erreurs sont augmentées par la présence de voies multiples mal étiquetées. Des erreurs fatales sont identifiées entre la voie entérale et la voie parentérale.
  • Le bon produit : tous les médicaments peuvent être à l’origine d’EIM, il n’existe pas de classe particulière, néanmoins l’OMS associée à la Joint Commission précise que certaines classes peuvent être à l’origine d’évènements graves du fait de leur marge thérapeutique étroite ; dans 2/3 des cas, le débit des injectables n’est pas conforme au RCP et 1/3 des EIM sont des erreurs de produit et/ou du diluant.
  • Les bonnes règles d’hygiène : elles représentent un risque très important bien que rentrant dans les évènements infectieux associés aux soins et sont à rapprocher des déviances de pratiques.

Éléments contributifs majeurs

Différentes étapes constituent la préparation des formes injectables, ce qui génère davantage de risques potentiels compte tenu :

  • des produits eux-mêmes,
  • de la voie d’administration particulièrement à risque (intraveineuse, Intra musculaire, etc…),
  • de la vitesse de diffusion et de l’irréversibilité de l’effet attendu,
  • des incompatibilités éventuelles avec le type de solvant et avec d’autres médicaments,
  • de la durée d’administration (bolus ou perfusion continue),
  • chaque produit présente des particularités de dilution, des éléments de stabilité et de compatibilité, la voie d’administration présente un risque élevé d’infection en dehors de l’application stricte des recommandations du CCLIN Sud-Est ; l’acte d’administration par lui-même nécessite une évaluation de l’IDEL sur la qualité des abords, la préparation des injectables au domicile du patient n’est pas à l’abri d’interférences continues.
  • À cela s’ajoutent des défaillances humaines et/ou organisationnelles, qui peuvent survenir : au niveau des prescriptions, des calculs (dose, dilution, programmation de la vitesse de perfusion), lors des nombreuses manipulations (asepsie, erreurs, oublis et confusions au moment de l’étiquetage…), en raison d’un environnement peu propice et du niveau de connaissance.

Préconisations

La prescription, le cas échéant, précise également :

  • la DCI et le nom commercial,
  • la concentration ou la quantité totale du médicament dans le contenant (ex : 1mg/ml),
  • la compatibilité avec le diluant et le liquide de perfusion,
  • le nom et le volume de diluant et/ou du liquide de perfusion,
  • la durée de la perfusion,
  • la date de début de la prescription,
  • l’âge et le poids de tous les patients.

L’hygiène porte sur :

  • La désinfection des contenants.
  • La désinfection des mains
  • Ne jamais toucher au cours des manipulations : le site d’injection de la poche, le corps du piston de la seringue, l’embout de la seringue, le bouchon des flacons.

Les dispositions générales :

  • Pour l’IDEL s’informer des documents référencés par le prestataire ou le pharmacien, en ce qui concerne le matériel.
  • Lire attentivement la ou les prescriptions, l’étiquette de l’ampoule ou du flacon et le mode d’emploi du médicament (nom, forme, dosage, péremption).
  • Sécuriser l’étape de calcul des doses lors de la préparation : se sensibiliser à l’importance de cette étape. Eventuellement appeler son binôme, si un doute persiste pour mettre en place une double vérification pour les calculs de doses, les programmations de pompes, les produits injectables à haut risque.
  • Prescription nominative, protocoles, et tableaux de correspondance à disposition pendant la préparation.
  • Prélever le contenu d’une ampoule ou une partie de celui-ci, conformément à la prescription médicale, en respectant le rapport ml /dosage. Jeter toute ampoule entamée.
  • Certaines solutions peuvent se conserver quelques heures dans le réfrigérateur (se référer aux indications du fabricant).
  • Restreindre les gammes de pompes dans toute l’organisation de votre cabinet = prévenir les erreurs d’utilisation et de programmation.
  • Mettre à disposition des professionnels des procédures d’utilisation des pompes (voir avec le prestataire ou le pharmacien, notamment pour n° d’urgence à appeler si dysfonctionnement).

L’étiquetage des perfusions :

  • Nom du patient, nom du médicament, contenu détaillé, concentration, date et heure de la préparation, signature de l’IDEL.
  • Si utilisation de seringues, ne pas les étiqueter sur la graduation.
  • Étiqueter et identifier les préparations à tout moment de la production.

Pour plus de renseignements, consulter sur le site de la HAS :

http://www.has-sante.fr/portail/upload/docs/application/pdf/2011-11/guide_outil_securisation_autoevalusation_medicaments_complet_2011-11-17_10-49-21_885.pdf

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