L’URPS Languedoc-Roussillon étudie la collaboration HAD-IDEL

CollaborationDurant ces trois dernières années, le Languedoc-Roussillon a connu une croissance rapide des établissements d’hospitalisation à domicile. Favorisés et soutenus par la politique régionale de santé, les services HAD couvrent à présent la totalité du territoire régional. Cette nouvelle politique se veut une traduction de la demande croissante de prise en charge à domicile de la part des patients comme des aidants. D’un point de vue médico-économique, l’HAD est aussi une solution économique car le coût d’une journée d’HAD est plus faible qu’une journée d’hospitalisation classique. L’HAD est donc un mode de prise en charge qui continuera d’évoluer dans les années à venir. Cela semble même assuré avec la circulaire du 04/12/2013 relative au positionnement et au développement de l’HAD: l’hospitalisation à domicile devrait doubler ses capacités d’ici 2018.

Cependant, alors que l’offre d’HAD devrait se pérenniser sur l’ensemble du territoire français, des difficultés récurrentes dans les relations entre les établissements d’HAD et les infirmiers libéraux sont souvent mises en lumière, notamment sur des questions de la place de ces deux acteurs dans l’organisation des soins et de leurs pratiques de collaboration. Au-delà des intérêts professionnels des acteurs, ces questions ne sont évidemment pas neutres sur des enjeux de santé publique, tels que la productivité du système de santé, la qualité et la sécurité des soins. Leur impact se situe donc à plusieurs niveaux : les patients, les acteurs, l’organisation et le système de santé.

Les difficultés dans les relations entre HAD et IDE risquent même de s’accentuer à l’aune d’une nouvelle croissance de l’activité en HAD. Cette progression attendue dans les prochaines années nous invite donc, à plus forte raison, à nous saisir de cette problématique afin de permettre un développement de l’HAD harmonieux, productif et « avec la pleine adhésion des professionnels libéraux », comme le souligne à juste titre le projet régional de santé du Languedoc-Roussillon.

Du point de vue infirmier, trois principaux freins à une coopération sereine entre HAD et IDE sont souvent identifiés :

  • la superposition des champs de compétences de l’HAD et des IDE du fait des critères d’admission en HAD trop flous ;
  • les pratiques collaboratives des HAD variables et pas toujours satisfaisantes et efficaces ;
  • l’implantation des HAD propice à la concurrence entre les acteurs.

 

Critères d’inclusion en HAD flous et imprécis

Le positionnement de l’HAD comme offreur de soins hospitaliers en ambulatoire conduit à ce que son champ d’intervention se recoupe avec celui des infirmiers libéraux. De ce fait, en cas de non-respect des critères d’inclusion en HAD, et compte tenu des ambiguïtés persistantes concernant leur contenu, des prises en charge inadéquates peuvent avoir lieu au détriment des compétences infirmières. Selon le rapport de l’IGAS (2010), seuls 36% des séjours en HAD en 2008 ne comporteraient aucune anomalie.

Pratiques collaboratives en HAD hétérogènes et pas toujours satisfaisantes

Une structure HAD est une structure mixte qui utilise non seulement les compétences de son personnel salarié mais fait également appel aux intervenants extérieurs. En pratique, les relations de collaboration avec les infirmiers libéraux dépendent de la politique propre à chaque HAD. Ainsi, si on constate un nombre prépondérant de services HAD «mixtes», il n’en demeure pas moins que certains d’entre eux ne collaborent qu’avec un nombre restreint d’IDEL, en ne recourant qu’à des cabinets « de confiance ». De même, la position des services diverge concernant le rôle des libéraux dans la coordination des prises en charge en HAD.

Politique d’autorisation de structures d’HAD trop incitative.

La politique d’autorisation en Languedoc-Roussillon a instauré des zones où les interventions de différents établissements HAD se chevauchent. Ces chevauchements induisent des concurrences entre les structures, ce qui est également peu propice au respect par ces dernières des champs d’intervention des infirmiers libéraux. Un climat de concurrence semble même amplifier l’empiètement des compétences des IDEL dans la mesure où la rentabilité des structures HAD est mise en jeu. Cette situation impacte particulièrement les territoires déjà abondants en professionnels de santé libéraux.

L’URPS LR a donc décidé d’explorer la problématique des relations entre HAD et infirmiers libéraux à l’échelle de la région.

Pour cela, elle a souhaité recueillir les ressentis de nos confrères ayant eu l’expérience de collaboration avec les HAD, en faisant appel à la société CELTIPHARM, tiers de confiance spécialisé en ingénierie médico-économique, afin d’évaluer la qualité de la relation entre les infirmiers libéraux et les établissements de HAD et de percevoir les difficultés de leur collaboration.

Resultats de l’enquête

Cette partie présente une partie des résultats de l’enquête réalisée par CELTIPHARM auprès des infirmiers libéraux du Languedoc-Roussillon. Les interviews ont été réalisées par téléphone du 23 au 26 avril 2013 dans le respect des principes déontologiques de l’enquête par sondage auprès d’infirmier(es) libéraux de la région Languedoc-Roussillon (avec les départements 11 / 30/ 34 / 48 / 66). L’étude porte au final sur un échantillon de 202 infirmier(e)s libéraux ayant collaboré avec les services d’HAD durant les 24 derniers mois :

  • 35 % des infirmiers libéraux du Languedoc-Roussillon ont collaboré avec un service HAD au cours des 24 derniers mois
  • Les structures HAD collaborent essentiellement avec les IDEL exerçant dans les zones rurales
  • près de la moitié des sondés a suivi 1 ou 2 patients, et un quart d’entre eux plus de 5 patients, au cours des 24 derniers mois (moyenne : 3,6 patients sur la période considérée)
  • 12 % des IDEL déclarent avoir suivi au moins 1 patient admis dans un service HAD sans respecter les critères d’inclusion
  • 100 % des IDE déclarent avoir assuré une ou plusieurs missions de coordination tels que soutien famille/patient, appel médecin HAD ou traitant, gestion du matériel ou gestion d’autres professionnels de santé
  • Pour plus d’un infirmier sur 10, la nomenclature infirmière n’a pas été respectée
  • 1 infirmier sur 5 s’est dit insatisfait de sa collaboration avec le médecin coordonnateur
  • 1 infirmier sur 3 s’est dit insatisfait des accompagnements et formations proposés par les services d’HAD
  • 1 infirmier sur 3 a déclaré avoir rencontré des problèmes de délais de facturation
  • 89% des répondants sont prêts à collaborer de nouveau avec un service de HAD

 

Trois axes de travail pour une amélioration

  1. Assurer une complémentarité de l’HAD et des IDEL dans l’offre de soins au sein des territoires : clarifier les missions de chacun, rendre les critères d’inclusion en HAD plus claires et lisibles
  2. Améliorer les pratiques collaboratives en HAD : favoriser la concertation des acteurs, prévenir les conflits, améliorer les modalités de communication
  3. Organiser l’implantation géographique de l’HAD à partir des besoins des populations

 

Nul doute que la prochaine fusion Midi-Pyrénées + Languedoc Roussillon va redistribuer les cartes et réinterroger l’organisation des HAD comme leur collaboration avec les professionnels du terrain.

Dossier à suivre…