Sophia ne sert à rien, mais la Cours des Comptes ne le sait pas encore…

Logo-SécuLe service Sophia n’impacte pas encore significativement la dépense de soins du patient diabétique

La Caisse nationale d’assurance maladie des travailleurs salariés (Cnamts) a mené une troisième évaluation médico-économique de son service d’accompagnement des patients diabétiques baptisé Sophia. Elle confirme certes une amélioration du suivi des examens recommandés dans la prise en charge du diabète mais constate un amoindrissement des résultats la deuxième année après l’adhésion. D’où l’annonce par l’Assurance maladie d’un renforcement en 2016 des modalités d’accompagnement et de recrutement des patients diabétiques à son service.

Quatre nouveautés seront mises en place à partir de janvier 2016, explique la Cnamts dans un communiqué. Le service s’attachera à convaincre en priorité les patients dont le suivi des examens est le plus éloigné des recommandations de prises en charge. Pour tous, l’accompagnement se focalisera en priorité sur les examens de suivi les plus nécessaires pour prévenir les complications graves. « Afin de contrer l’effet d’essoufflement observé après la première année d’adhésion », poursuit la caisse, elle renforcera l’information sur les vingt-quatre premiers mois suivant l’adhésion, par le biais de brochures et livrets sur la maladie et les examens. Cela « pour installer des réflexes ». Enfin, le médecin traitant pourra, quant à lui, désormais choisir le thème prioritaire d’accompagnement pour chaque patient.

L’évaluation a aussi porté sur les dépenses de soins des patients. Mais réalisée sur une période de deux ans, elle est trop courte pour évaluer l’impact du service sur l’évolution des dépenses, notamment sur celles d’hospitalisation. « La réduction des complications du diabète, et donc la réduction de la fréquence d’hospitalisation qui pourrait être entrainée par l’amélioration de la prise en charge, ne peut en effet être observée qu’à moyen ou long terme », argumente la Cnamts. Selon les méthodes utilisées, résume-t-elle, les évaluations concluent à une absence d’impact du service ou à une légère augmentation sur l’évolution de la dépense totale de soins. La dépense globale des adhérents a en effet augmenté de 47 euros (€) de plus que celle des non-adhérents au cours de la première année d’adhésion. La caisse évoque une augmentation de 85 € de la dépense de soins de ville, une baisse de 84 € des dépenses d’hospitalisation et une hausse des dépenses d’indemnités journalières de 36 €. Cette progression, tempère enfin la Cnamts, est à mettre en regard, d’une part, de l’amélioration du suivi du diabète et, d’autre part, de la consommation globale des soins (soit 6 500 € par an par patient diabétique). Dès lors, elle envisage d’autres évaluations complémentaires, notamment le suivi des effets du service sur les complications et les hospitalisations.

Pia Hémery

(Publié le 17/09/15 – 14h12 – HOSPIMEDIA)

Commentaire :
« convaincre », « adhérer », « informer »….  Décidément, les valeurs de l’éducation thérapeutique ne sont pas intégrées ! Certes, Sophia est un dispositif de Disease Management (DM), ce qui diffère quelque peu des pratiques habituelles mises en oeuvre lors des démarches éducatives. Les méthodes du DM sont plus directives, ciblées sur les patients les moins « observants ». Pour autant, comment s’étonner du quasi échec d’un dispositif directement importé des USA quand on sait les différences de nos systèmes de santé respectifs, et accessoirement, de nos « mentalités » ?

Ensuite, constater un faible niveau d’augmentation des dépenses alors même que le dispositif prétend améliorer le suivi médical des patients laisse songeur sur son efficacité. Qui dit augmentation des consultations médicales recommandées dit mécaniquement augmentation des remboursements de ces consultations. Idem pour ce qui concerne la meilleure « observance » que l’on attend du dispositif  Pas besoin d’avoir un diplôme de l’Ecole Nationale Supérieure de la Sécurité Sociale pour comprendre que si les dépenses n’augmentent pas, c’est que l’objectif d’amélioration du dispositif de suivi n’est pas atteint. En attendant, il n’est pas gratuit, le dispositif.

Enfin, si la CNAMTS n’a pas assez de deux ans pour évaluer ses coûts, qu’elle s’adresse à la Cours des Comptes qui en moins d’un an a pu déterminer la cause infirmière du trou de la sécu, et générer dès le lendemain d’une médiatisation bien orchestrée une diminution par des médecins hospitaliers de certaines prescriptions probablement jugées inutiles, comme par exemple celles concernant la surveillance à domicile d’un patient en cure de chimiothérapie. Entre le prix d’un passage infirmier pour surveillance d’une perfusion (arrondissons à 13 euros, ajouter le déplacement), celui de la même prestation réalisée par une HAD (140 euros en moyenne ; source IRDES 2003), et le coût d’une journée en service ambulatoire à l’hôpital (575 euros ; source CREDES/HAS 2005), le contribuable jugera… Nous, c’est déjà fait !