Pratique avancée et protocoles de coopération… (Article ActuSoins)


Pratique avancée et protocoles de coopération : les infirmiers vont-ils devenir des médecins de substitution ?

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A l’heure où les médias généralistes évoquent de plus en plus les actions et projets visant à pallier  les déserts médicaux et à améliorer l’offre de soins, une confusion demeure dans les termes employés  pour les infirmiers concernés par ces mesures . Certains – y compris les établissements de santé –  mélangent des concepts aux enjeux radicalement opposés. Quelle est la différence entre « Pratique avancée » et « transferts de compétences »? Eclairage sur ces filières qui toutes deux donnent davantage de compétences aux infirmiers. 

L’une, dans l’ère du temps, est portée par la communauté infirmière dans son ensemble. Syndicats (SNPI notamment), associations représentatives, ainsi que le GIC Répasi (Réseau de la Pratique avancée en soins infirmiers), sont unanimes : il faut développer la pratique avancée infirmière en France. Le concept est déjà présent dans des nombreux pays comme les Etats-Unis et le Canada : ces infirmiers qui sont formés à l’université, de niveau master 2, deviennent expert en cancérologie, en gériatrie, en psychiatrie ou encore diabétologie…

La pratique avancée infirmière  se décline en général sous deux aspects. Le versant « clinique » concerne les infirmiers qui restent dans le champ des soins, et qui interviennent sur des situations complexes . Le versant « pratique » concerne également une extension du champ de compétence (droit à la prescription notamment).

Affectés à des postes transversaux dans les hôpitaux, ils peuvent aussi être très utiles en ville. Avec l’émergence des maladies chroniques en France, des médecins débordés et des infirmiers qui souhaitent souvent s’impliquer davantage dans une prise en charge globale de patients, l’offre de soins est à revoir. C’est la raison pour laquelle, les infirmiers de pratique avancée représentent, aux yeux des représentants professionnels, une voie d’avenir.

Avec un master 2, ces infirmiers seraient valorisés : leur salaire serait plus élevé que celui des infirmiers bac +3, et leurs compétences seraient acquises et permettraient une mobilité géographique. Cette troisième filière d’évolution pour les Infirmiers, a été votée par la loi de modernisation de notre système de santé du 26 janvier 2016 (dite » loi Touraine » ou « loi Santé »), à la grande satisfaction des associations. Mais, le décret d’application qui définit les missions exactes, la rémunération et la formation de ces professionnels n’est toujours pas paru, ce qui empêche le déploiement d’un tel processus.

Un comité de pilotage est en cours à la DGOS pour un décret à paraître en décembre 2017, normalement.

Coopération et transferts de compétences n’ont aucun rapport avec la pratique avancée

Ces derniers jours, ont circulé dans les médias les termes de « pratique avancée », pour des sujets qui traitaient en fait de protocoles de coopération. Les mots employés n’étaient pas les bons, ce qui a créé la confusion générale.

Les syndicats, associations et autres représentants infirmiers sont en général méfiants, et pour certains même vent debout contre les protocoles de coopération, créés par la Loi HPST (dite « loi Bachelot ») de 2009. Tout simplement parce que ce sont des protocoles qui permettent un transfert de tâches entre un médecin et un infirmier, après une formation de courte durée. C’est ainsi que dans certaines régions, les infirmières volontaires peuvent se voir attribuer des actes comme des échographies, des myélogrammes ou encore des suivis en consultation de malades chroniques. L’autorisation est donnée par les ARS (Agences Régionales de Santé), sans consensus national donc. Conséquences? Une infirmière formée, ne l’est que pour son établissement et ne peut pas faire reconnaître ses nouvelles compétences ailleurs. Pire : elle dépend du médecin à l’origine du protocole. Si ce dernier part, elle ne pourra plus exercer.

C’est sans parler de la revalorisation salariale, quasi inexistante, excepté dans de rares établissements qui acceptent de rémunérer ces compétences et prises de risques supplémentaires.

Malika Surbled