Premier recours, de quoi parle-t-on ?

NurseLogoOn entend régulièrement parler de professionnels de « premier recours ». Mais de quoi parle-t-on ? Et en quoi les infirmières libérales sont concernées par ce statut encore peu explicite pour la majorité d’entre nous ?

Les mentions au premier recours dans le Code de la Santé Publique découlent de la Loi du 21 Juillet 2009 portant réforme de l’Hôpital et relative aux Patients, à la Santé et aux Territoires (dite Loi HPST ou Loi Bachelot, du nom de la ministre de l’époque). On peut repérer 7 articles qui y font référence :

  • Art. L6323-1 : relatif aux centres de santé comme acteurs de premier recours
  • Art. L1411-11 : définition du premier recours et lien avec les SROS établis par les ARS
  • Art. L4130-1 : relatif aux médecins généralistes comme acteurs de premier recours
  • Art. L5125-1-1 : relatif aux pharmaciens d’officine comme acteurs de premier recours
  • Art. L6323-4 : relatif aux pôles de santé comme acteurs de premier recours
  • Art. L1434-8 : évaluation de l’offre de premier recours dans le cadre du SROS
  • Art. L1434-16 : lien entre territoires de santé définis par l’ARS et offre de premier recours

Le premier recours se définit donc comme une organisation du système de soins proposant :

  • la prévention : conseils personnalisés, vaccinations, participation aux programmes de prévention
  • le dépistage : organisé (cancer du sein et du colon), ou individuel (vis à vis des patients à risque)
  • la prise en charge des symptômes courants : douleur, fièvre, fatigue
  • le suivi et la prise en charge des pathologies chroniques avec notamment : l’éducation thérapeutique, le maintien à domicile et les soins palliatifs
  • la dispensation et l’administration des médicaments, produits et dispositifs médicaux, ainsi que le conseil pharmaceutique
  • l’orientation dans le système de soins et le secteur médico-social
  • la continuité et la permanence des soins.

Si les textes prévoient que les « professionnels de santé » en général puissent être des acteurs de premier recours, aucun élément ne vient attribuer spécifiquement ce rôle aux infirmières, ni en décrire un contenu explicite, contrairement à ce qui est aujourd’hui prévu pour les médecins, les pharmaciens, les centres de santé ou les pôles de santé.

En 2008, les préconisations des Etats Généraux de l’Organisation de la Santé (EGOS) n’ont pas été suivies dans les faits, ce qui a d’ailleurs été largement reproché aux syndicats négociateurs de la Loi HPST à l’époque. La seule référence aux infirmières se retrouve dans le point 3.3, et c’est de répartition démographique dont on parle au final, pas de compétences. A la rigueur, on pourrait aborder la mention au suivi des patients chroniques dans le point 2 page 13, mais on y aborde la délégation aux IDE par les médecins d’actions de suivi quotidien (merci, ça, on sait faire !) et d’éducation thérapeutique (déjà dans notre rôle propre…).

Au niveau territorial, on ne retrouve pas plus de références explicites aux infirmières dans les documents de l’ARS Midi-Pyrénées, sauf à signaler que nous sommes « piliers du fonctionnement » aux côtés des médecins généralistes, des pharmaciens d’officine et des chirurgiens-dentistes. De là à définir des missions et compétences propres…

Bref, nous sommes les grands oubliés de cette organisation ! Dommage, parce qu’à l’image des postiers, notre proximité avec la population et le réseau que nous tissons par nos tournées font de nous des acteurs incontournables de l’organisation des soins. Qui sait… à défaut de prodiguer des soins, peut-être nous utilisera-t-on bientôt pour faire passer le permis de conduire…?